OGM : voilà sans doute, les trois lettres les plus polémiques de ces dernières années ! Quels risques représentent-ils réellement pour la santé humaine ? Et pour l’environnement ? Les organismes génétiquement modifiés soulèvent bien des questions de fond. Notamment en France, où la culture d’OGM est à l’arrêt depuis plusieurs années. Avant de repartir de plus belle ?
Qu’est-ce qu’un organisme génétiquement modifié (OGM) ? Comme son nom l’indique, il s’agit d’un… organisme vivant (un animal, un végétal ou une bactérie) dont le matériel génétique a été modifié. En d’autres termes, les scientifiques ont ajouté, supprimé ou remplacé au moins un gène pour conférer à cet organisme une ou plusieurs caractéristiques nouvelles. C’est ce que les scientifiques appellent la transgénèse ou génie génétique.
C’est ainsi qu’en agronomie, le capital génétique d’une plante peut être modifié pour lui conférer une résistance particulière à certains parasites. Exemple avec des cultures de maïs transgénique produisant en continu un pesticide : en l’occurrence des toxines de Bacillus thuringiensis (Bt). Leur principale cible est un papillon - la pyrale du maïs - dont les chenilles infestent les cultures.
Les stars des paillasses
Les OGM sont particulièrement utilisés par les chercheurs en biologie végétale. « Une plante classique peut contenir jusqu’à 30 000 gènes », explique François Houllier, Directeur général délégué de l’Institut national de Recherche Agronomique (INRA). « Le fait d’en insérer un ou d’en inactiver un autre nous donne des informations essentielles sur le rôle de tel ou tel gène. Et donc sur le fonctionnement de la plante ».
Cette technique permet aussi de lui conférer des propriétés additionnelles et d’influer sur sa résistance, sa croissance ou maturation. A l’INRA, les recherches se concentrent notamment sur la maladie du court-noué, qui était étudiée à Colmar avant que 70 pieds de vignes n’y soient arrachés le 15 août dernier.
« Cette maladie est causée par un virus qui se transmet de pied à pied et qui à terme, détruit la vigne », poursuit François Houllier. « Nous avons découvert qu’en transmettant à la plante une séquence virale inactivée, on pouvait immuniser la plante ». Il s’agit donc ni plus ni moins, de « vacciner » le plant de vigne contre son agresseur. L’application grandeur nature n’est toutefois pas pour demain. Pour Jean Masson, Président du centre INRA de Colmar, la destruction de la vigne « a mis un terme à 7 années de recherche »…
Des essais sont également conduits sur le peuplier. « L’objectif est de réduire sa teneur en lignine – un constituant majeur du bois – de façon à ce que son traitement pour en faire du papier par exemple, soit moins polluant », reprend François Houllier. « Nous cherchons donc les gènes qui agissent au niveau de la synthèse de la lignine ».
Des OGM dans nos médicaments
Au-delà de l’agriculture, le génie génétique a également ouvert de multiples horizons en matière de recherche pharmaceutique. Depuis plusieurs années, les OGM permettent de produire une nouvelle génération de médicaments. Comme le précisait dès 2003 l’Académie nationale de Médecine, « le génie génétique ouvre l’accès à une grande variété de molécules nouvelles (anticorps, vaccins, hormones…) dont la synthèse par voie chimique est difficile voire impossible ». C’est ainsi que des micro-organismes génétiquement modifiés sont utilisés pour la production d’insuline, d’anticorps monoclonaux ou de vaccins.
Le génie génétique marque également l’essor de la thérapie génique. Cette approche consiste à transférer du matériel génétique (un chromosome par exemple) dans les cellules d’un malade pour corriger l’absence ou la déficience d’un ou plusieurs gènes, à l’origine d’une maladie. Cancers, maladies cardiovasculaires, myopathies, mucoviscidose… les thérapies géniques ont d’ores et déjà été expérimentées avec succès contre de nombreuses affections. Plusieurs dizaines d’essais se déroulent actuellement en France. Dans plus de huit cas sur dix, elles permettent de mieux cibler les traitements de cancers, du sein et du poumon principalement.
Près de 13,5 millions d’agriculteurs OGM dans le monde…
Si l’utilisation thérapeutique des OGM est peu contestée, la question de leur culture en plein champ et a fortiori de leur utilisation alimentaire suscite bien des inquiétudes. Cette différence de perception est-elle toujours rationnelle ?
Quelques chiffres : en 2009, les organisations internationales – notamment The International Service for the Acquisition of Agri-biotech Applications (ISAAA) - ont recensé 134 millions d’hectares de plantes OGM cultivées dans 25 pays, par 13,3 millions d’agriculteurs. La surface cultivée a ainsi augmenté de 7% par rapport à l’année précédente.
Les principaux producteurs d’OGM sont les Etats-Unis (64 millions d’hectares cultivés en 2009), le Brésil (21,4) et l’Argentine (21,3). Quant aux espèces les plus cultivées, il s’agit du soja, du maïs, du coton et du colza. Tous sont tolérants aux herbicides et/ou résistants à certains insectes. Ces cultures servent principalement à nourrir du bétail.
Une pomme de terre et du maïs qui suscitent des questions…
Autorisations pour la culture commerciale, l’alimentation humaine ou animale, accords pour l’importation de tel ou tel produit… En France, l’utilisation des OGM est strictement encadrée par une loi du 25 juin 2008. Ce texte est en fait une transcription en droit national de la directive européenne 2001/18.
Il a notamment donné naissance à une structure dont on devrait beaucoup parler au cours des prochaines années : le Haut Conseil des Biotechnologies (HCB). Mis en place en avril 2009, il est composé d’un comité scientifique et d’un comité économique, éthique et social. Son rôle est central puisqu’il doit éclairer le gouvernement sur les questions relatives aux OGM et formuler des avis, concernant notamment des autorisations de mise sur le marché.
Actuellement en France – comme en Europe d’ailleurs- la culture OGM reste très marginale. Les derniers chiffres publiés par le ministère de l’Agriculture datent de… 2007. Ils faisaient état de 20 000 hectares cultivés. Principalement du maïs. Depuis, les choses ont évolué puisque le seul maïs autorisé à la culture (le MON810) a fait l’objet en 2008, d’une clause de sauvegarde… Autrement dit, d’une interdiction temporaire de culture. Si bien qu’aujourd’hui en France, il n’y a plus d’OGM cultivés à des fins commerciales.
Notre pays serait-il toutefois en train de reprendre les cultures d’OGM ? La question mérite d’être posée à la lumière de quelques faits récents :
En mars dernier, la Commission européenne a émis un avis favorable pour la culture de la pomme de terre Amflora, une variété enrichie en amidon et conçue pour fabriquer… du papier ! Dans la mesure où c’est le premier OGM autorisé en Europe depuis 12 ans, l’annonce a fait l’effet d’une bombe ! A ce moment précis, la France avait souhaité attendre l’avis du Haut Conseil des Biotechnologies (HCB). Celui-ci a tranché fin juillet. Verdict favorable sur le plan des risques sanitaires, tout en précisant qu’il ne percevait pas vraiment l’utilité d’une telle pomme de terre ;
Au début du mois d’août 2010, le ministère de l’Agriculture a inscrit deux variétés de maïs OGM T25 au catalogue des plantes autorisées à la culture en France. « En pratique, cela signifie que ce maïs peut être cultivé dès aujourd’hui sur le territoire français », souligne Greenpeace dans un communiqué. « Si une société décide de planter cet OGM demain, elle en a le droit, alors même qu’aucune réglementation de coexistence (entre cultures OGM et non OGM) n’est en place aujourd’hui ».
Question centrale : la dissémination dans l’environnement
Greenpeace touche ici, à l’un des problèmes majeurs associés aux OGM : la question de la dissémination des transgènes dans l’environnement. Et curieusement c’est dans notre pays, où ces organismes sont les moins présents, que les débats sont les plus virulents.
A l’INRA, François Houllier ne nie pas le problème. Bien au contraire. « Cette question (de la dissémination des transgènes) est centrale. Elle laisse présager deux risques principaux. L’un concerne l’apparition de résistances à des herbicides ou des insectes, notamment chez des plantes sauvages apparentées aux plantes cultivées. L’autre problème est celui de la coexistence entre l’agriculteur qui cultive de l’OGM et son voisin qui veut faire du ‘sans OGM’. Tout l’enjeu est de garantir et de préserver le droit de ce dernier ».
Mais François Houllier l’assure, « nous avons aujourd’hui les moyens techniques de garantir cette coexistence. Le risque de dissémination est maîtrisable. Tout dépend cependant de la culture concernée. Les risques ne seront pas les mêmes avec un maïs, qu’avec un colza dont le pollen peut être transporté sur des kilomètres et dont les graines peuvent survivre plusieurs années dans le sol. La distance entre deux parcelles est également à prendre en compte ».
« Faux, la contamination est inévitable », rétorque Arnaud Apoteker, responsable « OGM » au sein de Greenpeace France. « Je tiens avant tout à préciser que mon organisation n’est pas anti-scientifique. Nous ne sommes pas opposés à la recherche en milieux confinés. Nous luttons contre la dissémination des OGM dans l’environnement. Dès lors en effet que des organismes génétiquement modifiés sont cultivés en plein champ, la contamination génétique est inévitable et incontrôlable. Ceci est d’autant plus vrai que la plante est du colza ! La preuve en est faite, aux Etats-Unis, où sont cultivés près de deux millions d’hectares de colza transgénique. Une récente étude a ainsi montré que 86 % des plants de colza prélevés le long des routes dans le Dakota du Nord (près de la frontière canadienne) sont porteurs d’au moins un gène de résistance à un herbicide ! ».
Toxiques, les OGM ? A priori non, mais…
Le seul OGM consommable en tant que tel en Europe est le maïs doux. Plusieurs ingrédients dérivés d’OGM (colza, soja, coton) sont également autorisés en alimentation et présents à doses infinitésimales dans nos aliments.
Pour autant, ces aliments sont-ils nocifs pour la santé humaine ? A cette question, l’Académie nationale de Médecine répondait déjà de manière très rassurante en 2003. « Dans plusieurs grands pays à travers le monde, des centaines de millions de personnes consomment des aliments contenant des OGM depuis de nombreuses années sans qu’aucun effet nocif sur la santé ait été rapporté ».
Depuis, le constat ne semble pas avoir évolué confirme François Houllier. Arnaud Apoteker est plus nuancé. « On a beau nous rabâcher que les Etats-Unis en consomment depuis 15 ans sans qu’il y ait eu de morts, il est impossible de prouver l’innocuité à long terme des aliments OGM. Les études sont réalisées sur de trop courtes durées ».
Bientôt des étiquettes sur tous nos aliments ?
Et le consommateur dans tout ça ? Il est tout de même bien démuni. Certes les produits bio sont garantis sans OGM. Pour le reste, il existe bien des étiquettes contenant des OGM pour tout produit ou ingrédient qui en contient plus de 0,9%.
Un étiquetage ‘sans OGM’ serait toutefois à l’étude en France. Encore fallait-il définir l’expression ‘sans OGM’… et répondre à une question bien plus compliquée qu’il n’y paraît : qu’est ce qu’un aliment ’sans OGM’ ? Dans un avis émis en novembre dernier, le Haut Conseil des Biotechnologies a tranché : un produit « sans OGM » est un produit qui renferme moins de 0,1% d’OGM. C’était « le chiffre le plus bas techniquement réalisable », a conclu le HCB. En attendant les fameuses étiquettes, Greenpeace France a mis au point un guide bien pratique des Produits avec ou sans OGM. Vous pouvez le consulter à l’adresse : http://guide-ogm.greenpeace.fr/.


